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Les pièges du réalisme

  • S’il y a des images du monde réel, et la télévision nous le montre chaque jour, il y a surtout des caméras qui enregistrent ces images, des réalisateurs, des photographes, des éclairagistes, des cadreurs, des monteurs, etc, qui, derrière ces caméras, apportent leurs points de vue sur ces images. Toutes les images sont fabriquées, tout le cinéma est artifice ; il peut aussi être art : ce qui suppose, de la part de ses auteurs, un style et l’affirmation de celui-ci !
  • Le premier piège du réalisme, sous prétexte qu’il part de la réalité de ce qui est filmé, serait de nous faire croire que parce que c’est réel, «c’est vrai». Devant la télévision, notre tendance un peu paresseuse irait volontiers dans ce sens. Rappelons-nous toujours que tout cinéma est fabriqué, que tout cinéma est trompe-l’oeil, que tout cinéma est mensonge... même la télévision !
  • Un autre piège du réalisme serait d’ignorer la large gamme de ce style, qui va d’un certain naturalisme (la caméra cachée), du réalisme psychologique (qui est, entre autres effets, censé provoquer les phénomènes d’identification des spectateurs aux personnages du film), au réalisme didactique de Brecht et au réalisme «ontologique», spirituel, d’André Bazin. Or, il me semble que le film de Kenneth Loach, Kes, participe plus de ces deux derniers modes du style réaliste. (…) On comprendra alors mieux comment fonctionne dans ce film le choix des cadres dont, Godard rappelait la notion de temps et d’espace : «je pense aujourd’hui, déclarait ce cinéaste lors de Rencontres à Avignon en 1980, qu’on ne sait plus cadrer et que les trois quarts des films confondent le cadre avec la fenêtre de la caméra, alors que le cadre c’est : quand est-ce qu’on commence un plan, et quand est-ce qu’on le coupe...

Dossier de presse

les Films du Paradoxe